La tentation est réelle : la réalité augmentée impressionne, se filme bien, et donne l'image d'un projet innovant. C'est exactement pour ça qu'elle est souvent ajoutée à un projet sans vraie raison — parce qu'elle est spectaculaire, pas parce qu'elle résout un problème que rien d'autre ne résout aussi bien.

Le réflexe gadget

Le signe qu'on est face à un réflexe plutôt qu'un vrai choix : la question posée est « comment on ajoute de l'AR à ce projet », plutôt que « qu'est-ce qui, dans ce projet, a besoin d'être superposé au réel pour être compris ». Dans le premier cas, l'AR habille un contenu qui existerait aussi bien sur un écran classique. Dans le second, elle répond à un vrai problème de compréhension ou de contexte.

Un principe, pas une recette

Sur The EU Space Game, développé pour les Journées Portes Ouvertes de la Commission Européenne, l'enjeu était d'associer des satellites européens à leurs fonctions, en trois langues, pour un public très large. Sur Experience Europe, il s'agissait de donner un contexte visuel à des lieux découverts en musée. Dans les deux cas, nous avons choisi des bornes tactiles à écran fixe plutôt qu'une couche de réalité augmentée mobile : le lieu (un stand, une salle) permettait de fixer l'écran directement là où l'information devait apparaître, ce qui rendait une superposition mobile superflue.

C'est le même principe qui, inversé, justifie la réalité augmentée : quand le contexte se déplace — un objet que le visiteur manipule, un lieu qu'il traverse sans jamais repasser au même endroit — un écran fixe ne peut plus suivre l'information là où elle doit apparaître. C'est là que la superposition mobile cesse d'être un effet et devient la seule solution qui tient la route.

Le test qu'on applique

Avant de proposer de la réalité augmentée sur un projet : le contexte physique — un lieu, un objet, une personne en face — reste-t-il fixe, ou se déplace-t-il avec le visiteur ? S'il reste fixe, un écran suffit presque toujours, pour moins cher et moins de risque technique le jour J. S'il se déplace, l'AR devient le bon outil plutôt qu'un simple effet de démonstration.

Décrire ce contexte — où l'action se passe, ce qui bouge, ce qui reste en place — est justement la première chose que nous demandons avant d'en discuter.